Le comité Mine de rien réagit à l’annonce d’un investissement de 600 000 $ dans l’entreprise Bowmore Exploration

Tout a l’air si beau, vu des bureaux de la SIDEX

St-Camille, le 27 juillet 2012 – C’est par les médias que le comité Mine de rien a récemment appris que la Société d’investissement dans la diversification de l’exploration (SIDEX) – dont le Fonds de solidarité FTQ et le ministère des Finances du Québec sont les commanditaires – s’apprête à prendre une participation de 600 000 $ dans l’entreprise Bowmore Exploration. Cette dernière est active sur le territoire des municipalités de Wotton et de St-Camille en Estrie depuis 2009. Plutôt discrète sur le terrain, Bowmore s’était retrouvée dans le collimateur des médias à la suite d’un mouvement d’opposition né à St-Camille et qui avait fait l’objet de nombreux articles dans les quotidiens locaux et nationaux. Le montant de 600 000 $ investi par la SIDEX, qui servira exclusivement aux travaux de Bowmore réalisés sur le territoire de Wotton, municipalité voisine de St-Camille, représente 6 % du budget d’investissement annuel de la société État.

Pour les membres du comité Mine de rien, il est assez surprenant de voir le gouvernement du Québec, par l’entremise de la SIDEX, investir dans la région alors qu’il est au fait de l’opposition locale, et que le cadre légal est sur le point de subir une réforme qui risque de modifier substantiellement la donne en matière d’exploration et d’exploitation minière au Québec.

Toutefois, ce qui indispose particulièrement le comité et les citoyens partageant la même vision critique du développement minier, c’est la grossière ingénuité avec laquelle la SIDEX se lance dans l’aventure minière wottonaise. Son directeur général, Michel Champagne, affirme que « la communauté est d’accord avec les travaux que la compagnie fait. », faisant allusion à l’acceptabilité sociale, concept toujours dénué d’un sens clair. Se faisant l’écho d’une importante frange de la population camilloise et wottonaise, Mine de rien aimerait clarifier certains faits afin d’aider M. Champagne et la SIDEX à se faire une idée moins candide de la réalité sur le terrain.

Tout d’abord, il importe de revisiter le mythe selon lequel les populations touchées ont une opinion consensuelle et bien tranchée sur la question du développement minier. Les médias ont parfois simplifié à outrance la réalité locale en indiquant que la population de St-Camille était contre l’installation de mines sur son territoire et que celle de Wotton avait au contraire une opinion favorable à de tels projets. Les soirées d’information tenues par Bowmore à Wotton en 2011 et 2012 ont très bien démontré qu’une certaine réaction contre les mines existe également à Wotton. Ce n’est donc pas de manière unanime que les Wottonais entrevoient le développement minier sur leur territoire. « C’est à se demander de quelle manière M. Champagne a sondé la région pour faire une telle affirmation », se surprend Nicolas Soumis, co-porte-parole du comité. « L’image qu’il se fait de l’opinion populaire doit exclusivement tenir du compte-rendu donné par Bowmore, qui tente de marginaliser le mouvement de contestation », poursuit-il. Joël Nadeau se demande en outre s’il a pris la peine de rencontrer les citoyens et de discuter avec eux : « C’est évident que les gens qui ont autorisé la tenue de forages sur leurs terres et qui ont été financièrement dédommagés ont tendance à être favorables au projet. Cependant, ils ne constituent qu’un infime pourcentage de la population qui subira les impacts d’une éventuelle mine sur le territoire, et je me demande même si M. Champagne a pris la peine de leur parler. » Mine de rien se pose d’ailleurs de sérieuses questions sur la manière partiale dont les populations locales sont informées dans une telle situation : « Tirant avantage de la précarité économique, on en profite surtout pour faire miroiter les possibilités d’emplois et les autres bénéfices économiques… Ça fait son chemin dans l’esprit de bien des gens, qui semblent banaliser les effets à long terme d’un tel projet. »

Par ailleurs, il est difficile de ne pas dénoncer la banalisation de ce qu’est une infrastructure minière. « Exploiter une mine à ciel ouvert, ce n’est pas comme tenir un dépanneur de coin de rue », s’exclame le maire de St-Camille, Benoit Bourassa, qui s’étonne que des gens parlent encore de complexes miniers sans considérer le fait qu’ils s’étendent sur plusieurs kilomètres carrés et que leurs impacts peuvent se faire ressentir sur des kilomètres, faisant fi des frontières municipales. « Le bruit, la poussière, mais aussi le changement de vocation d’une région, tout cela a des effets qui se répercuteront bien au-delà des limites de Wotton », d’ajouter M. Bourassa.

Le comité Mine de rien invite la SIDEX à faire preuve de sens critique lorsque vient le temps d’investir dans des projets qui auront des conséquences lourdes et potentiellement irréversibles sur une région. À titre d’organe gouvernemental, elle ne peut s’offrir le luxe de négliger l’opinion d’une partie importante des résidents locaux qui seraient directement concernés si une mine venait à voir le jour sur leur territoire. L’acceptabilité sociale, qui semble n’être qu’une formule publicitaire creuse employée par l’industrie minière et un gouvernement complètement anesthésié par l’illusion du profit doit impérativement trouver un ancrage réel sur le terrain. « Au lieu de se fier à des comptes-rendus partiels et intéressés, M. Champagne aurait tout intérêt à venir sonder le pouls de la population avant de faire des déclarations simplistes et d’investir l’argent des contribuables dans des projets qui risquent de miner leur milieu et leur qualité de vie », martèle M. Nadeau.