Libre opinion - Refonte de la Loi sur les mines: place aux épouvantails

Le Comité de vigilance de Malartic 2 août 2011

Le 12 mai dernier, le ministre délégué aux Mines, Serge Simard, en déposant le projet de loi 14 qui vise à modifier l'actuelle Loi sur les mines du Québec, déclenchait de vives réactions. Nous, fils et filles de mineurs de l'Abitibi, avons alors vu resurgir les épouvantails de la peur qui ont fait partie de notre univers d'enfant et de jeune adulte.

En effet, quelques timides et frileuses modifications à l'archaïque Loi sur les mines allaient semble-t-il tout à coup créer de l'incertitude pour les milieux d'affaires. L'industrie devait même trouver plus de 1 million de dollars pour se battre contre le projet de loi 14. Quel drame!

Nos pères et grands-pères mineurs, qui reposent dans les cimetières à quelques milliers de mètres des mines où ils ont travaillé toute leur vie, ont dû sourire. Et pour cause. Notre enfance a été jalonnée par ces mêmes discours alarmistes lorsque nos pères et grands-pères mineurs se sont battus pour obtenir des salaires et des conditions de travail décents.

Même discours d'apocalypse quand plus tard ils ont voulu se syndiquer. Les mines allaient fermer et aller ailleurs, ne pouvant supporter ces lourds fardeaux.

On était alors en 1940, 1950, 1960 ou 1970. Ils se sont battus et les mineurs d'aujourd'hui profitent de toutes ces luttes.

En 2011, les minières sont toujours là, plus vivantes et riches que jamais.

Pas de quoi verser une larme

En 2011, on veut encore nous faire peur, mais nous ne marchons plus. Ce n'est pas le fait de soustraire quelques parcelles de territoires urbanisés et de villégiature qui va effrayer les investisseurs. Ce n'est pas d'alléger un peu le poids de leurs profits qui va les faire déguerpir.

Ce n'est pas non plus de respecter les citoyens qui réclament d'être consultés et d'avoir le droit de décider collectivement comment doit se faire le développement minier dans leur ville ou région pour assurer à la génération présente et future non seulement un milieu de travail, mais un milieu de vie viable et vivable, qui va apeurer les promoteurs et investisseurs miniers devant nos riches gisements miniers.

Parmi les plis de l'épouvantail qu'on nous présente, il y a même celui de nous culpabiliser. Il y a perte de jouissance de droits acquis pour l'industrie minière. Faut-il verser une larme? Non, il faut plutôt rappeler que le droit évolue.

Au Québec, le droit a fait des bonds de géant au cours des dernières décennies. Que l'on pense, pour n'en nommer que quelques-uns, aux droits des enfants, des femmes et des consommateurs. Il est peut-être temps que l'archaïque Loi sur les mines fasse passer le droit collectif des Québécois sur leurs richesses aurifères non renouvelables avant celui d'un petit groupe de privilégiés. Attendre plus de cent ans pour moderniser et harmoniser une loi aux valeurs du Québec d'aujourd'hui, on ne peut pas dire que c'est bousculer les choses.

À ne pas laisser filer

À l'heure où tous les Québécois se préoccupent de la dette publique, à l'heure où les décideurs publics réfléchissent comment et où couper dans certains services, à l'heure où la génération montante se préoccupe de savoir comment elle va pouvoir soutenir tout ce fardeau financier, personne au Québec et surtout pas les décideurs publics n'ont le droit, ni les moyens de laisser filer ailleurs et pour d'autres des milliards de dollars de l'exploitation de nos ressources aurifères collectives non renouvelables.

Nous vivons fièrement dans une région où des milliers de personnes travaillent tous les jours à l'embellir de toutes les manières par la culture, le sport, le plein air, les activités sociales, etc. Une région-ressource ce n'est pas une région où l'inacceptable ailleurs devient automatiquement acceptable chez nous.

Nous avons toujours vécu avec les mines, nous voulons et allons continuer à le faire. Nous savons plus que quiconque au Québec que nous sommes assis sur la riche faille géologique de Cadillac. Nos pères et grands-pères l'ont choisie comme milieu de travail et de vie; nous aussi. Nous voulons pouvoir vivre dans un milieu sain, viable économiquement et vivable, et ce, avec les mines, avant, pendant et aussi après leur exploitation. Pour ce faire, un changement majeur s'impose à la Loi sur les mines.

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Le Comité de vigilance de Malartic, composé de: Jacques Saucier (porte-parole), Nicole Kirouac (avocate personne-ressource), Annette Ayotte, Yvan Trudel, Chantal Germain, Angèle Germain, Yves Sylvain, Gilles Lecompte et Bertrand Lessard.